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Вторник, 09 Март 2021 15:21

Des cruels écrivains qui nous utilisent

Автор

(Mehman Garakhanoglu)

Kulis.az présente l’essai « Les portraits « inutiles » du critique littéraire Mehman Garakhanoglu.

Chaque œuvre littéraire qui est traduite dans notre langue à partir de l’original ne nous donnent pas uniquement des informations « cosmétiques » de première main concernant son auteur et le pays qu’il représente, elle nous permet également de voir l’intelligence, le niveau et le goût littéraires de son traducteur. La deuxième nouvelle qu’Elvin Abbasbeyli a traduit du mongol peut nous donner des impulsions nouvelles suffisantes du point de vue littéraire. (Si vous vous en souvenez, Elvin avait déjà traduit quelques mois plus tôt en azerbaïdjanais la nouvelle « La Fille de décembre » de Davaadorj Enxboldbaatar, l’écrivain talentueux de Mongolie. Cette traduction avait fait un grand écho littéraire en Azerbaïdjan. Toutes les deux nouvelles sont publiées pendant la « Journée de la nouvelle » dans Kulis.az. Nous pouvons parler de deux premières : Elvin avait été le premier en Azerbaïdjan à traduire dans notre langue à partir de l’original mongol et Davaadorj Enxboldbaatar a été le premier auteur à être traduit en azerbaïdjanais directement du mongol).

Elvin Abbasbeyli contribue également aux relations littéraires contemporaines entre la France et l’Azerbaïdjan. Elvin qui possède une énergie très positive continue de travailler avec patience et persévérance. Ce que ce jeune homme partage sur les réseaux sociaux (plus particulièrement les photos des steppes infinies de Mongolie et de la vie quotidienne mongole) montrent les codes génétiques par lesquels Elvin est lié comme un Azerbaïdjanais à l’archétype de la philosophie des grandes steppes. On dirait même que l’ « apparence » physique et spirituelle d’Elvin sont les preuves de ses origines des contrées lointaines et anciennes. Ce sont mes premières impressions. Bien-sûr, je peux me tromper. Mais, en espérant de ne pas me tromper, je lui dis : « Continue ainsi, Elvin ! » .

La nouvelle « Portrait » de Magvan Erdenebat attire notre attention par son sujet simple mais « secret », par sa nature laconique et sa structure. Lamzav qui approchait de ses quatre-vingts énervait ses petits-enfants et son gendre Nasanbat à cause de ses « caprices ». Le conflit principal est lié au fait qu’il change très souvent les chaînes de télévision. Le gendre qui « exagère » cette situation en parle à la fille du vieux comme si c’était quelque chose de grave. Et la fille prend la défense de son père. Le jour même quand cet « évènement » a eu lieu, le vieux qui a récupéré la télécommande après une lutte « acharnée » commence à changer les chaînes à son habitude. Le vieux tombe sur une formidable « surprise » grâce aux chaînes changées. Il apprend que l’artiste qui a peint son portrait dans sa jeunesse organise son exposition. Le vieux qui sent intuitivement que son portrait y sera exposé se relève soudainement et demande à sa fille et à son genre de l’accompagner le lendemain. C’est sa fille qui « s’oppose » en premier à son père : Бид хоёрт таныг дагаж явах зав хаанаас байхав дээ.

L’écrivain montre avec une grande maîtrise et des descriptions sous entendues l’éternel écart moral et psychologique entre l’ancienne génération et la nouvelle génération, la perte progressive du respect de l’homme dans sa vieillesse devant même ses enfants. L’écrivain montre également comment la maison que le vieux a soutenu financièrement toute sa vie est devenu un fardeau pour lui. Il est aussi devenu un fardeau pour sa famille. L’écrivain montre avec professionnalisme que ce sont les enfants qui jouent les premiers rôles dans ce terrible processus. En réalité, il ne le montre pas vraiment. Le lecteur a l’impression que cela doit se passer ainsi. Car cela s’est enraciné profondément dans la conscience de l’être humain comme un archétype. Personne ne veut voir la « renaissance » du vieil homme. On dirait qu’il ne faut absolument pas modifier les règles et les tabous acceptés de tous.

Le fait de donner cette « apparence » humaine à une simple scène de famille parle du professionnalisme de l’écrivain. Inconsciemment, on pense aux grands écrivains azerbaïdjanais Mirza Djalil et Abdourrahim bey Hagverdiyev. Mais nous sommes contre le fait que la mémoire aille toujours contre les sens de l’aiguille. Les analogies doivent être renouvelées. Les traductions faites depuis l’original nous permettent de nous regarder avec un œil « étranger ». Comment notre prose contemporaine est vue depuis « Арванхоёрдугаар сарын бүсгүй » de Davaadorj Enkhboldbaatar et « Хөрөг » de Magvan Erdenebat ?

La révolte du vieux Lamzav est compréhensible : Танар ч ернь хөгшин хүнийг үхсэн хүншиг л бодохюмдаа. Ганцаараа л явахаас. La phrase suivante est comment un changement soudain de cadre dans un film : Үзэсгэлэнгийн танхим цаанаа л нэг аядуухан агаад нам гүм. C’est bien un des stéréotypes négatifs de notre prose : la lenteur entre les passages. Ou bien une lenteur « explicative ». Et ce n’est pas tout. Si l’auteur en avait les moyens, il donnerait au lecteur toutes les clefs pour qu’il puisse traverser les passages avec lui de manière tranquille. A la différence de « Хөрөг », les choses inattendues de « Арванхоёрдугаар сарын бүсгүй » ainsi que l’union du réel avec l’irréel ainsi que la nature dramatique de l’histoire nous font « oublier » les passages.

Le vieux Lamzav trouve enfin son portrait dans l’exposition. Mais il est très inquiet que son nom ne soit pas inscrit en bas de son portrait. Comment prouver que le jeune homme élégant, beau et plein d’énergie qui vous regarde dans ce portrait est lui-même ? Le vieux a l’impression que l’artiste a oublié d’inscrire son nom. C’est pourquoi, il : Өвгөн тэртээ буланд зогсч буй охины дэргэд очиж, -Хүүхээ, энэ зураач хаана байгаа бол? гэвэл La jeune fille lui dit que l’artiste n’a pas pu venir à l’exposition à cause de sa maladie. Même si Lamzav se fâche beaucoup que son nom ne soit pas inscrit en bas du portrait, il accepte pourtant la terrible vérité : “Бие нь муу байгаа гэнэ, аргагүй дээ одоо бас л нас нь ахиа биз”. Mais il ne veut pas baisser les bras. C’est compréhensible que les jeunes ne le reconnaissent pas. Mais que dire de ses amis ? Il pourrait au moins leur montrer son portrait ?

Il est évident que le texte de cette nouvelle se débarrasse « soudainement » de la monotonie pour avoir une signification philosophique très large. Le chemin inconfortable de Lamzav commencé dans la famille se « fige » devant l’art, c’est-à-dire son portrait. Nous aussi, nous voulons voir dans nos textes contemporains des couches multiples ayant tous les petits détails et loin des imitations.

Surtout, en économisant au maximum les mots !

Lamzav se souvient que son ami Жав vit dans l’immeuble d’à côté. Même s’il veut s’y rendre il apprend que son ami est déjà mort. Il apprend la grave maladie de son amie Борхүүхэн grâce à ses enfants. Elle ne reconnaît personne. L’auteur donne son « jugement » en fonction de la structure et de hiérarchie du texte : Одтой тэнгэрээс од шүүрч мэдэхээр омголон залуу Ламзавын тэртээ дөчөөд жилийн өмнө зуруулсан зургийг таних хүн бараг үгүй болжээ.

Le vieux Lamzav perd le bataille face à son portrait. Ce n’est pas lui qui est sur le portrait... Mais c’est aussi lui qui y est dessiné. L’écrivain veut nous dire que l’art est un objet international et qu’il est donc inutile d’y chercher son nom. Et que le fait de chercher sa jeunesse dans un portrait figé n’est qu’un effort absurde.

Le temps est très cruel. L’artiste accomplit son but en se servant de toi. Ensuite, il n’a plus besoin de toi. Il n’a même pas besoin de ton nom. Tout comme dans la vie... En réalité, le portrait de l’exposition complète le portrait du vieux dans la maison. Ou bien, il s’agit d’un miroir en cercle. Où que tu ailles, il te sera impossible de fuir ton visage triste...

Il est triste de voir le vieux Lamzav partir à la recherche de témoins. C’est une scène extrêmement triste. Il n’y a pas de témoins ! Soit ils sont morts, soit ils sont très malades. Mêmes les vivants, ta fille, ton gendre et des petits-enfants, ne voudront pas témoigner !

La fin de la nouvelle est parabolique : Тэр оройдоо өвгөний даралт ихэсч бие нь муудлаа. Ухаан санаа нь орж гарна. Зарим үед ухаан санаа нь цэлсхийн цэлмэхэд тэрээр насан туршдаа юунд тийм сэтгэл хангалуун амьдарснаа ердөө ч ойлгосонгүй.

Parce qu’il se débarrasse complètement de son portrait « réel » entre le sommeil et le réveil. Dorénavant, Lamzav n’aura plus besoin de ce portrait. Il n’aura même pas besoin de la télécommande métaphysique de la télévision...

Traduit de l'azerbaïdjanais en français par Elvin ABBASBEYLI
 
 
Source:“Өнөөдөр”
 
 

 

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